• LENOR MADRUGA PARLE DES DOULEURS FANTÔMES (chez les personnes qui ont subi une amputation)

    Lenor Madruga, qui est américaine, est une ancienne mannequin. A l'âge de 32 ans, on a découvert qu'elle avait un cancer à la cuisse gauche et sa jambe a dû être entièrement amputée. Dans un livre intitulé "L'énergie de l'espoir" (Presses de la Cité, 1983), elle raconte son combat pour mener une vie normale et vaincre son infirmité. Voici un extrait particulièrement intéressant où elle explique ce qui s'est passé quand elle s'est réveillée, juste après l'amputation.
        
    La première chose dont je me souvienne, c'est d'avoir demandé à Joseph (ndlr : son mari) de me masser le pied. Heureux d'être d'une aide quelconque, Joseph me massa le pied droit.
    -Non, non, chéri, le pied gauche, masse-le, s'il te plaît... il me fait horriblement mal.
    Joseph me dit avec gêne :
    -Mais, ma chérie, tu n'as plus de pied gauche.
    -Masse-le quand même, l'ai-je supplié. Fais comme si j'avais un pied gauche.
    Gentiment, bien qu'il se sente un peu ridicule, Joseph se mit à masser la place vide où aurait dû être mon pied gauche.
    -C'est ça, mon chéri. Maintenant la cheville... Ah, ça va mieux. Maintenant le genou... plus haut... voilà. Merci, mon chéri, merci. 
    Aujourd'hui, on me pose souvent cette question :
    -Quelle a été ta première réaction quand tu t'es réveillée et que tu as vu que tu n'avais plus de jambe ?
    Ma réponse est toujours la même : quand j'ai enfin repris connaissance, je n'ai pas senti physiquement l'absence de ma jambe. Intellectuellement, je le savais, mais mes terminaisons nerveuses ne le savaient pas encore.
    Ma jambe me brûlait. J'avais une horrible sensation de brûlure, comme si on versait dessus de l'huile bouillante. Le pied, la cheville, le genou et la cuisse, qui n'existaient plus, étaient bourrés de crampes, comme si toute ma jambe gauche n'était qu'une énorme courbature. Voilà pourquoi il était si important qu'on me masse... pour faire disparaître les spames permanents et douloureux.
    Je sentais réellement le poids de ma jambe gauche, mais elle paraissait plus lourde que d'habitude, presque comme un poids mort. 
    Ces "douleurs fantômes" sont un phénomène que seuls les amputés connaissent.