• MGR CATTENOZ MET L'EDUCATION SEXUELLE DANS LE PROGRAMME DES AUMONERIES EN 5°

    Les médias (notamment les médias chrétiens) portent toujours sur l'enseignement privé un regard très positif : les établissements refusent des milliers d'élèves chaque année, on trouve une meilleure qualité d'enseignement et d'accompagnement des élèves, le côté "humain" de l'éducation est plus pris en compte...
        
    Les gens qui connaissent bien ces établissements (soit parce qu'ils y travaillent, soit parce que leurs enfants y sont inscrits) sont souvent loin d'avoir la même vision des choses. Au fil des années, en effet, on a assisté à un ramollissement très significatif de la foi (voir même, en certains endroits, à une disparition complète).
        
    Il est d'ailleurs assez amusant, à ce sujet, de noter le petit détail suivant : avant, on parlait toujours d'établissements d'enseignement catholique. L'adjectif "catholique", vous le constatez, qualifiait "l'enseignement" (ce qui laissait supposer que ce que l'on apprenait aux élèves - c'est-à-dire, finalement, la vision du monde - était catholique). Aujourd'hui, on parle d'établissements catholiques d'enseignement. L'adjectif "catholique", vous l'avez noté, a changé de place. Désormais il qualifie "l'établissement" (ce qui laisse supposer qu'il n'y a plus que les murs qui sont catholiques !).
        
    Ce constat plutôt sévère est fait par de très nombreuses personnes, et notamment par Mgr Cattenoz, l'évêque d'Avignon. Depuis plusieurs années, il se bat pour redresser les établissements privés de son diocèse, et ceci en remettant le Christ au centre de l'éducation. 
    Si vous me le permettez, j'aimerais vous citer un extrait de l'interview qu'il a accordée à Pèlerin magazine le 6 septembre 2007 :
    Je ne fais que décrire une réalité. Victime de son succès, l'enseignement catholique a perdu son caractère propre. Les chefs d'établissement, tout d'abord, contrôlent de plus en plus difficilement l'embauche des professeurs. Ceux que les académies nous envoient ne sont pas toujours correctement formés aux missions d'enseignement. En outre, nombre de directeurs reconnaissent eux-mêmes n'être pas croyants ou pratiquants. Résultat, par esprit de consensus, les projets éducatifs des établissements se limitent en général au plus petit dénominateur commun : la transmission de valeurs comme le partage ou la tolérance. Je pense, moi, que le Christ doit être au centre de l'enseignement catholique.
        
    Le constat de Mgr Cattenoz correspond vraiment à la réalité que l'on découvre - trop souvent - quand on est sur le terrain : une foi édulcorée, un enseignement qui ne prend pas en compte l'Evangile, des professeurs qui refusent de faire la catéchèse, des crucifix qui disparaissent des salles de classe, des chapelles qui sont peu à peu transformées en salles de gymnastique, un héritage chrétien qui se perd... Bref, comme me le confiait récemment un surveillant de l'enseignement privé parti à la retraite cette année : "Nos établissements catholiques ressemblent maintenant aux établissements publiques. On ne voit plus la différence".
        
    L'une des conséquences directes de cela est que les aumôneries se vident un peu plus chaque année. Les programmes sont trop "simplistes", trop "bébé", disent la plupart des élèves quand ils arrivent en quatrième. "On a l'impression de perdre notre temps", "On préfère rester en salle d'étude pour faire nos devoirs et préparer notre avenir"... Il est vrai que, dans bon nombre d'aumôneries, pratiquement tous les sujets importants sont passés sous silence : la prière en général et le Rosaire en particulier, la notion de sacrifice et de conversion, le jeûne alimentaire, la confession, l'histoire de l'Eglise, la vie des saints, les discours du Pape, les enseignements de la Vierge au cours de ses apparitions, la beauté et la grandeur du mariage religieux... Non, vraiment, il ne reste plus grand-chose à se mettre sous la dent !
        
    Depuis un an, Mgr Cattenoz essaye de rectifier le tir en lançant une nouvelle formule d'évangélisation des jeunes : "Première annonce". Voici, si vous le voulez bien, un nouvel extrait de l'interview accordée à Pèlerin magazine : Depuis un an, un collège expérimente la formule, avec succès, en classe de sixième. Au départ, les enseignants étaient réticents. Le premier trimestre est consacré à l'écoute de ce que les enfants vivent au quotidien. S'ensuivent une phase d'apprentissage de l'émerveillement - devant la nature, les technologies - puis de témoignages. Et bien, quel que soit leur environnement familial (chrétien ou non), les enfants en redemandent ! Ceux qui se sentent interpellés par cette première annonce entament, à leur demande, une véritable catéchèse en cinquième. Cette fois, le parcours que nous avons construit met l'Evangile en présence des réalités auxquelles les jeunes sont confrontés : la violence, l'éveil à la vie affective et sexuelle, le rapport à l'argent. Je me fais fort de montrer que si on accueille tous les jeunes, on peut cheminer avec eux.
        
    Le témoignage de Mgr Cattenoz est vraiment très important car il nous montre qu'il y a une véritable prise de conscience des problèmes, dans l'Eglise, et que les choses bougent grâce à de nouvelles expériences qui sont tentées ici ou là. C'est là un très grand signe d'espérance pour tout le monde. Prions simplement pour que la voix de Mgr Cattenoz (ainsi que celle de tous ceux qui sont d'accord avec lui) puisse continuer à se faire entendre sans se marginaliser au sein de l'Eglise. Mais, en écoutant l'évêque d'Avignon, on se dit qu'il n'y a pas de risque dans ce domaine : Je n'ai nullement l'intention de me marginaliser au sein de la Conférence des évêques. Nous sommes en présence d'un débat d'idées, non de personnes. Je ne suis d'ailleurs pas le seul, parmi mes frères évêques, à penser que certaines questions se posent.
        
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